Relations intimes avec un patient - ce que dit la jurisprudence et comment agir

RELATIONS INTIMES avec un PATIENT : ce que dit la JURISPRUDENCE ORDINALE ou comment ne pas sombrer ?

Que faire lorsque des SENTIMENTS ou une ATTIRANCE FORTE apparaissent pour un PATIENT(E) ?

La logique générale de la jurisprudence se fonde à la fois sur :

  • La nécessité de PROTÉGER LE PATIENT,

  • L’existence d’une ASYMÉTRIE dans la relation de soins,

  • L’existence d’une VULNÉRABILITÉ pouvant caractériser un ABUS.

CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE

SOINS + RELATIONS INTIMES

Un SOIGNANT ne doit JAMAIS entretenir une relation AFFECTIVE ou SEXUELLE avec un patient dont il a la charge, même si elle paraît consentie et équilibrée.

Exemples jurisprudentiels :

  • Le comportement du patient n’efface pas la faute du soignant : même si une PATIENTE vient en consultations avec des sous-vêtements provocants et formule des propositions explicites de relations sexuelles. (CDNOM, 27 mars 2015, n° 2013)

  • Un non-lieu pénal n’efface pas la faute disciplinaire : les relations consenties peuvent être prouvées, notamment par des enregistrements sonores. (CDNOM, 26 mai 2015, n° 12351)

  • Un médecin de famille débutant une relation intime avec une ex-patiente doit informer l’ex-compagnon qu’il ne peut plus assurer ses soins plutôt que d’écouter ses confidences liées à la rupture. (CDNOM, 21 novembre 2023, n° 453753)

SOINS + ÉTAT DE VULNÉRABILITÉ

La faute est encore plus lourde si le patient présente un état de vulnérabilité caractérisant un abus de faiblesse :

  • Relation intime entre un médecin approchant la soixantaine et une patiente mineure de 16 ans, confiée à l’aide sociale, hébergée en foyer et suivie par un pédopsychiatre pour souffrance psychique majeure, précédée de prise d’alcool malgré les traitements. (CE, 26 décembre 2022, n° 455267) → RADIATION

  • Vulnérabilité particulière : veuve récente, curatelle renforcée, déficitaire cognitivement, limitée dans ses mouvements pour obésité et pathologies multiples invalidantes. (CDNOM, 7 avril 2023, n° 15183)

  • Fragilité combinée à la position d’autorité du psychiatre → abus d’état de faiblesse. (CDNOM, 27 octobre 2015, n° 12622)

  • Fragilité psychologique connue, récente tentative de suicide de la patiente. (CDNOM, 27 octobre 2015, n° 12622)

  • État de vulnérabilité même si les soins sont interrompus : psychiatre utilisant son ascendant sur une patiente de clinique psychiatrique. (CDNOM, 15 mai 2003, n° 8309)

  • Troubles psychiatriques de la patiente caractérisant un abus, même si le médecin est surmené. (CDNOM, 25 avril 2017, n° 12885)

  • Fragilité psychologique résultant de l’annonce du cancer du père de la patiente. (CDNOM, 29 avril 2013, n° 11555)

  • Troubles psychiatriques après opération chirurgicale, même si la patiente est médecin. (CDNOM, 2 octobre 2015, n° 5089)

  • Vulnérabilité d’une mère non patiente liée à la pathologie de son fils (autisme), avec relations « consenties » avec le médecin. (CDNOM, 24 octobre 2024, n° 15721)

MAIS NE CARACTÉRISE PAS UN ABUS

  • La séropositivité d’une patiente ne suffit pas à établir un abus. (CDNOM, 7 décembre 2023, n° 15073)

  • Un écart d’âge de 20 ans ne suffit pas à établir un abus. (CDNOM, 14 septembre 2022, n° 14319)

  • Rapport sexuel non protégé avec une ancienne patiente, en dehors de tout soin actuel et état de vulnérabilité, ne constitue pas une faute disciplinaire. (CDNOM, 24 janvier 2023, n° 15029)

CE QU’IL FAUT FAIRE

1. Rompre la relation de soin

Dès que le soignant ressent des sentiments amoureux ou une forte attirance :

  • La relation de soins doit être interrompue.

  • Une relation future ne doit pouvoir naître sans le soin et ne doit pas être influencée par la relation thérapeutique.

Exemple de formulation :

« Un confrère aura une approche plus adaptée à votre situation actuelle et pourra vous apporter un regard neuf »

2. Respecter un délai

  • Laisser purger la relation intime de toute confusion ou asymétrie.

  • Aucun délai précis n’est défini, mais la jurisprudence a admis plusieurs mois après la fin de la prise en charge. (CDNOM, 24 janvier 2023, n° 15029)

  • Chaque situation doit être évaluée selon ses circonstances particulières.

Conclusion

La déontologie n’interdit pas d’aimer.
Elle oblige parfois à renoncer ou à faire preuve de patience.